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Exploration culturelle et découverte du monde

L’Aisne, un département à la croisée des chemins

21 février 2024 | Aisne

Un département uniquement traversé ? L’Aisne a souvent été à la croisée des chemins de l’histoire, ce qui l’a doté d’un patrimoine très riche et, de par ses origines, d’une grande variété paysagère. Que ce soit pour ses espaces naturels, son passé ou encore ses traditions, ce petit bout du Nord loin des principales zones touristiques est une vraie bouffée d’air frais qui ne manque pas d’intérêts !

L’Aisne est le département où je suis né et où j’ai vécu le plus d’années. C’est un territoire que j’ai toujours trouvé fortement intéressant de par son histoire et la variété de ses paysages et identités culturelles. Je me suis pourtant souvent fait la réflexion que beaucoup de guides touristiques, même certaines thématiques comme sur la Grande Guerre, ne faisaient jamais passer leurs itinéraires par ici ou ne présentaient que quelques rares points. Quand les gens en parlent, on a l’impression que ce n’est qu’un endroit qu’on traverse sur les routes allant de Paris à la Belgique ou de Reims à Lille, ne s’arrêtant que pour voir une ou deux curiosités sur le chemin. Alors qu’il a une réelle identité et regorge de nombreuses choses d’intérêts pour qui prends le temps de l’explorer. On y découvre des paysages magnifiques, des villages pittoresques et sites lourds du poids de l’histoire. On peut y prendre part à un vaste choix d’événements culturels ; des festivals de musiques, des rassemblements d’arts de rues, des fêtes locales, des compétitions sportives…

Un département vivant que j’ai envie de vous faire découvrir cette année et je vais commencer par cet article dans le but de simplement le présenter et d’effectuer un rapide tour d’horizon de ce qui le symbolise, fait sa variété.

Un département à la croisée des chemins

Carte de l'Aisne (1790-1793)

Pays de plaines agricoles et de plateaux verdoyants, le département de l’Aisne se situe dans le nord de la France, à l’est de l’Île-de-France et à la frontière de la Belgique. Constitué en 1790 en rassemblant des domaines d’une partie de la Picardie au nord, l’Île-de-France et de la champagne pour sa portion sud, il flirte avec les départements du Nord, de la Somme, de l’Oise, de la Seine-et-Marne, de la Marne et des Ardennes. Suite à la fusion de la région Picardie et du Nord–Pas-de-Calais en 2014, il fait maintenant partie des Hauts-de-France.

De par sa situation frontalière, le territoire a été un des principaux témoins, et souvent un acteur, de l’histoire de France : de la présence de Gaulois pendant l’antiquité, et la bataille de l’Aisne en -57, à l’offensive du Chemin des Dames pendant la Grande Guerre, en passant par Clovis et le vase de Soissons ou encore les guerres napoléoniennes avec les combats de Craonne et de Laon. Un considérable patrimoine historique et architectural témoigne de cela, à l’image des abbayes et châteaux du Moyen-Age, des monuments de diverses époques et des édifices typiques qui peuplent ses villages. Ces villages pittoresques marquent l’Aisne par leurs variétés caractéristisées et emblématiques de chaque secteur qui le compose.

Car son origine hétéroclite fait que l’on peut découper le département en 6 territoires distincts qui ont chacun leur propre identité géographique, géologique et culturelle. C’est très bien visible sur la carte à gauche, qui date de 1793. Cela mérite une présentation plus en détail et c’est ce qui va suivre !

Un département aux forts contrastes

Secteurs de l'Aisne

Si vous parcouriez le département de nord en sud, d’est en ouest vous découvrirez au fil des kilomètres une multitude de paysages différents et de styles architecturaux, tous des témoins d’une époque. Ce sont ses origines et le fait qu’elle soit le rassemblement de territoires issus de trois anciennes régions qui font de l’Aisne cet ensemble disparate et unique. On retrouve donc au nord-est la Thiérache, au nord-ouest le Vermandois, au centre le Chaunois, le Laonnois et le Soissonnais et enfin le sud de l’Aisne. Chacun de ces territoires a une identité paysagère et architecturale bien à lui, tout en gardant certaines similarités avec les autres.

Les provinces issues de l’ancienne Picardie sont une porte d’entrée au nord minier et industriel de la France. Le centre du département fait plus penser de par ses paysages à la région géologique du bassin parisien. Et le sud de l’Aisne est une partie de la Champagne et de son pays de viticole. Je rajoute le secteur du Chemin des Dames, normalement rattaché au Laonnois, que j’élargis de son tracé à la frontière sud du département avec la Marne, car c’est un territoire au lourd passif historique qui mérite, selon moi, qu’on en parle de manière distincte.

Vous le verrez au fil des lignes que le département est fortement marqué par les rivières et les vallées qu’elles y ont creusées : l’Oise, l’Aisne et la Somme, mais aussi les massifs forestiers et diverses agglomérations. Autant de points à partir explorer ou servant de départ aux randonnées et autres activités.

Je vous propose maintenant de survoler l’Aisne et ce qui fait son territoire.

Le Laonnois

La ville de Laon, préfecture de l’Aisne, est l’un des joyaux du département. La cité fortifiée siège à 80 m d’altitude sur une butte verdoyante dont le point culminant est sa cathédrale de style gothique. Qu’importe par où vous arrivez à Laon, il vous est impossible de manquer ce magnifique spectacle qui lui a valu le surnom de « montagne couronnée ». Sur son plateau, la ville haute garde au sein de ses remparts la splendeur de son patrimoine médiévale, c’est comme un voyage dans le temps au gré des ruelles pavées, des maisons bourgeoises de pierres et autres constructions classées. Souvent témoin de l’histoire de France, dont elle a brièvement été la capitale, son centre historique sauvegarde plus de 80 monuments dans ce qui est aujourd’hui le plus vaste secteur sauvegardé de France.

Paysage immanquable quand on regarde vers le sud depuis les hauteurs de la cité, les collines verdoyantes du Laonnois montent vers les plateaux du Chemin des Dames. Le long de ce versant nichent une succession de petits villages pittoresque à l’architecture similaire aux habitations du haut de Laon, abritant encore certaines constructions de la vie d’antan comme des lavoirs et par endroit des maisons cossues sculptés, les vendangeoirs.

Au nord de la ville s’étend sur plus de 40 km la grande plaine agricole axonais à la topographie douce et plate, dont seuls les bosquets, les villages typiques et hameaux fermiers viennent se détacher sur l’horizon champêtre. C’est dans ce calme paysage qu’une partie de la bataille de l’Aisne prendra place en mai 1940 avec l’armée française qui tenta de ralentir l’avancée allemande entre Montcornet et Crécy-sur-Serre. Un peu plus à l’est, à la frontière avec la Thiérache, on trouve la ville de Marle et son musée des temps barbare.

Vue aérienne de la ville de Laon et ses environs

La butte de Laon et sa cathédrale surplombant la grande plaine agricole axonaise.

La cathédrale de Laon

Le Chemin des Dames

Au-delà des collines qui composent le sud du Laonnois, la grande plaine agricole laisse la place à une alternance de vallons, plateaux et vallées humides. Ce paysage verdoyant est dominé par le Chemin de Dames qui forme une frontière naturelle avec le nord de la Marne, un lieu maintes fois marqué par l’histoire. La plus connue étant la débâcle de l’offensive de Nivelle en avril 1917 dont les 30 km de la crête sont un véritable musée à ciel ouvert à travers les ruines des villages détruits, les mémoriaux et les cimetières, ainsi que la Caverne du Dragon. Un secteur qui est ponctué de chemins de randonnées et de magnifiques panorama sur les vallées et les quelques villages qui y sont discrètement nichés. Le passé médiéval de l’Aisne s’y découvre aussi, avec par exemple l’abbaye de Vauclair bâtie en 1134 ou encore les creutes, des cavités aménagées en habitations directement dans les versants.

Vers l’ouest ce relief caractéristique perdure dans la vallée de l’Aisne et le plateau du Soissonnais. Plus au sud et à l’est, on retrouve la plaine agricole avec le secteur de Corbeny et Berry-au-bac qui mènent à la plaine champenoise dans le département de la Marne.

Vue du Chemin des Dames

Vue du Chemin des Dames et de ses alentours depuis le plateau de Californie

La Tiérache

La Thiérache est une région de terroirs à cheval sur la Belgique, les départements du Nord et des Ardennes et, pour sa grande partie, le nord-est de l’Aisne. Pays rural aux bocages verdoyants délimitant des prairies et des vergers, son paysage vallonné est serpenté de nombreuses rivières et perds son homogénéité par la présence par endroit de collines boisées et d’hameaux épars. Cela fait beaucoup penser à la Normandie. Autre point commun avec la Normandie, La Thiarache est une terre de cidre et d’élevage bovin, sauf qu’ici ce n’est pas du camembert qu’on fabrique, mais son emblématique fromage : le maroilles !

Hormis quelques petites villes (Guise, Vervins, la Capelle et Hirson), le territoire est constitué de villages fortement dispersés et d’hameaux aux maisons traditionnelles construites en briques rouges et pierres associées au bois et au torchis. Ce cachet rural donne un avant-gout du nord minier de la France, comme à Guise, la cité des ducs, avec le familistère, un ensemble urbain utopique créé par l’industriel Godin pour offrir du confort et une vie quotidienne décente à ses ouvriers et leurs familles.

De par sa position frontalière, la Thiérache a souvent été sous la menace d’invasion et des pillages, ce qui verra l’apparition à partir du Moyen-Age d’une autre particularité architectural. Unique en France c’est le pays des églises fortifiées qui peuplent les villages thiériachiens, mi-églises mi-château, elles avaient pour but de protéger la population en cas d’attaque.

Plus on s’éloigne de la frontière belge au nord-est, plus on se rapproche de la plaine agricole du Laonnois, le paysage devient clairsemé, les bocages se transformant peu à peu en exploitations céréalières.

Eglise fortifiée Notre-Dame de La Bouteille

Eglise fortifiée Notre-Dame de La Bouteille

Le Vermandois

 

Situé au nord-ouest du département, le Vermandois se constitue d’une plaine de culture céréalière entourant la plus grande ville axonaise, Saint-Quentin. Flamboyante cité d’histoire et d’art, elle possède, de par sa reconstruction consécutive des destructions lors de la Grande Guerre, un patrimoine architectural exceptionnel représentatif de la période art-déco, sans oublier sa basilique de style gothique. On trouve aussi aux portes de l’agglomération la réserve naturelle des marais d’Isle, et son parc rassemblant nombre d’activités, lieu de départ de plusieurs randonnées.

Le Vermandois tire son nom de la petite bourgade de Vermand, autrefois capitale d’une tribu gauloise dont on retrouve sur le territoire plusieurs sites, à l’image de l’oppidum.

Sources de la Somme

La source de la Somme qui traverse le Vermandois

Le Chaunois

Au sud du Vermandois se trouve le bassin du Chaunois, une plaine alluviale bercée par la présence de l’Oise et des canaux qui le suit. Ce secteur est un ancien nœud de communication fluviale et ferroviaire important pour l’industrie picarde, on y retrouve sur son long des agglomérations comme Chauny, Tergnier, La Fère… Puis plus au sud-est, formant une barrière naturelle avec la plaine du Laonnois, le massif de Saint-Gobain et ses plus de 8 000 ha de bois propices à la randonnée. Sa ville éponyme a été bâtie sur le versant d’une montagne au milieu de l’immense forêt et doit sa réputation à la manufacture royale des glaces.

Cet environnement enchanteur et ses alentours ont dès le Moyen-Age séduit les populations, notamment religieuses, c’est pourquoi on y trouve des vestiges d’abbayes et divers prieurés, mais aussi la présence de plusieurs châteaux forts. Le château de Coucy ne fait pas exception, malgré sa destruction, son donjon de 40 m et ses 2 km de remparts en font une forteresse impressionnante à découvrir et l’occasion de voir de magnifique panorama sur la vallée de l’ailette.

Château de Coucy

Le château de Coucy

Le Soissonnais

Le Soissonnais, situé au sud du Chaunois et à l’ouest du Chemin des dames, est constitué d’un vaste plateau de cultures céréalières, creusé de nombreuses vallées vertes où se cachent des villages, et où seuls quelques fermes et bosquets viennent se détacher de l’horizon. Puis, comme une entaille qui découperait le pays d’est en ouest, la vallée de l’Aisne et sa végétation luxuriante le long des berges et coteaux où nichent les villages, mais aussi un patrimoine industriel en lien avec les canaux (silos, usines). C’est là que siège, suivant le cours de l’Aisne, la ville de Soissons, première capitale du royaume des francs.

Cité d’origine gauloise, elle a de par sa position souvent été au cœur des grands événements du nord de la France. Des guerres gallo-romaines aux guerres napoléoniennes, en passant par l’épisode de Clovis et le vase de Soissons, ou encore la guerre franco-allemande de 1870, la ville a toujours été un point à contrôler pour s’assurer la libre circulation vers Paris. Détruit presque totalement pendant la Grande Guerre, elle se transformera lors de sa reconstruction, avec l’apparition de nombreux bâtiment de style Art déco et monuments, tout en conservant son patrimoine médiéval comme sa cathédrale et l’abbaye de Saint-Jean-des-Vigne. En s’éloignant de son centre, on rencontre quelques villages qui ne manquent pas d’intérêt architectural avec leurs lavoirs et donjons, comme celui de Septmont, et avant tout leurs habitations typiques de pierre blanche, couverte d’ardoises grise agrémentées de pignon à redents. C’est aussi le pays des haricots de Soissons et champignons de Paris.

À l’extrême sud-ouest du Soissonnais se tient l’une des plus grandes forêts de France, l’ancestral massif de Retz de 13 300 ha, où seulement quelques clairières d’hameaux et de cultures viennent entrecouper cette étendue végétale. C’est dans l’une de ces vastes clairières que trône la ville de Villers-Cotterêts, patrie d’Alexandre Dumas, et son château de style renaissance créé par François Ier.

Donjon de Pernant
Berge de l'Aisne à Soissons

Donjon de Pernant et l’Aisne traversant Soissons

Le sud de l’Aisne

Le sud de l’Aisne est constitué de territoires issus de l’ancienne Champagne et rattachés à lors de sa création en 1790. Sa partie nord, prolongement du plateau du Soissonnais, est une succession de buttes boisées rompant le plat des étendues cultivées avec ça et là quelques petites vallées abritant villages et vergers. C’est l’Orxois-Tardenois qui recèle un fort patrimoine médiéval à l’image du bourg de Fère-en-Tardenois, son hall aux blés et les vestiges de son château fort célèbre pour son pont galerie. Non loin se trouve une des originalités locales, la hottée du Diable, un chaos de grès remontant à la période de l’éocène et dont les formes de certains rochers évoquent des visages et des créatures fantastiques.

À l’extrême sud s’étend le plateau de la Brie et son paysage à perte de vue de collines au découpage harmonieux entre cultures, pâtures, hameaux et forêts. Plus haut que le plateau du Soissonnais, il descend en un important dénivelé vers la vallée de la Marne qui le sépare en deux, la rivière serpentant d’est en ouest cette partie du département. C’est ici que se trouvent les seuls vignobles à produire du champagne, hors de la région éponyme. Les creux de la vallée sont d’une densité urbaine plus élevée que la Brie avec la présence de nombreux village le long de cet axe fluvial et routier.

Château-Thierry est la principale cité du sud de l’Aisne, niché dans un écrin de verdure à flanc de coteau, c’est la ville d’origine de Jean de la Fontaine et un important point de passage pour aller de la Marne à l’Île-de-France. Cette position privilégiée a été la raison de grandes convoitises qui verra la fondation d’un château-fort, aujourd’hui en ruines, dès le IXe siècle et d’être le point clés de plusieurs batailles lors de conflits, comme la guerre de Cent Ans. Mais c’est encore les affres de la Grande Guerre qui marqueront le secteur avec l’intervention des troupes américaines et coloniales autour de la côte 204 et du bois de Belleau pendant la deuxième et troisième bataille de la Marne.

La Hottée du Diable

La hottée du Diable, une originalité du Tardenois

Fiche pratique

Situation : Aisne, Hauts-de-France, France
S’y rendre : en voiture/train, à 1h de Paris ou de Reims, 2h de Lille
Quand visiter : tout l’année, une préférence pour le printemps et l’été

Renseignements : site de l’office du tourisme

Liens utiles

J’espère que ce petit tour de l’Aisne vous aura plu et vous aura donné envie de partir découvrir le département.
Je vous donne rendez-vous en mars pour une série d’articles consacrés au Laonnois et à son emblématique cité.
À très vite pour plus de partages et découvertes !

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