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Exploration culturelle et découverte du monde

L’Aisne, un département au cœur de l’histoire

28 février 2024 | Un peu d'histoire

De la guerre des Gaules aux grands conflits mondiaux, en passant par les campagnes napoléoniennes ou les luttes de pouvoirs du haut Moyen-Âge, l’Aisne a souvent été au cœur de l’histoire de France. Je vous invite à un petit voyage à travers les siècles pour découvrir son histoire !

J’ai une vraie passion pour l’histoire et ce qui a façonné nos territoires et leurs cultures, qu’elle soit Française, Européenne ou plus largement humaine et géologique. Axonais de naissance j’ai été bercé par la ville de Laon, son passé médiéval, et surtout l’héritage de la Grande Guerre à travers le Chemin des Dames et l’horreur vécue par les hommes envoyés au front. Une professeur d’histoire que j’ai eue mes années de collège avait comme plaisir de nous citer des faits en lien avec ses cours qui était lié à l’Aisne, c’est à ce moment que j’ai pris conscience que le département était un reflet de ce qui fait l’histoire de la France et les complexités de ses plus de deux millénaires d’existences.

Je vous propose donc cet article retraçant l’histoire du territoire axonais. Débutant à la préhistoire et allant jusqu’à l’époque contemporaine (voir encadré ci-dessous), il mettra en avant les événements qui ont eu un impact dans l’histoire de France, mais pas que. Si l’histoire vous intéresse et plus particulièrement celle de l’Aisne, j’espère que cela va vous plaire !

Le découpage dans l’article de l’histoire suit celui utilisé en France :

  • La préhistoire : de l’apparition de l’homme à l’apprentissage de l’écriture par les peuples gaulois (druides).
  • L’antiquité : de l’écriture à la chute de l’Empire romain, représentait dans l’Aisne par la victoire en 486 de Clovis à Soissons.
  • Le moyen-âge : de 486 à 1492 et la découverte de l’Amérique.
  • L’époque moderne : de 1492 à la révolution française (1789).
  • Le XIXe siècle : de 1789 au début de la Grande Guerre en 1914.
  • L’époque contemporaine : C’est l’époque dans laquelle on vit. Personnellement que je découpe en 4 sous-périodes : La Grande Guerre, l’entre-deux-guerre, la Seconde Guerre Mondiale et enfin l’époque contemporaine.

La Préhistoire

L’apparition de l’homme dans le territoire serait datée d’il y a 600 000 ans, au cours du paléolithique inférieur, avec la présence de chasseur-cueilleurs nomades dans la vallée de l’Aisne. De nombreuses fouilles ont mis au jour des bifaces et des racloirs, outils de silex, de la période du Paléolithique inférieur et moyen. Des signes d’occupations aurignaciennes, première culture humaine à avoir laissé des traces de représentation figurative (art) et caractérisée par le travail des os et son industrie lithique (pierre taillée/polie), ont été découverts dans le Vermandois. Une présence qui tend à disparaître pendant les périodes de grands froids comme au Paléolithique supérieur et la dernière ère glaciaire. C’est au sortir de cette époque, vers -18 000, que l’occupation devient durable.

Le mésolithique (- 10 000 à – 5000) et son changement climatique verra une prolifération et diversification de la faune et flore, entrainant un début de sédentarisation de petits groupes nomades réduisant leurs déplacements saisonniers. C’est une période de grandes évolutions avec l’apparition d’outils plus petits et pointus comme le développement de l’arc ou encore de nouvelles pratiques funéraires avec les premières nécropoles. L’installation sédentaire se fera au néolithique (-5 000 à – 2 800) par des agriculteurs de culture rubanée, venant d’Europe centrale. Époque caractérisée par l’élevage, la culture des céréales, le façonnage de céramique, et surtout la construction d’habitations à l’image de celles découvertes à Cuiry-lès-Chaudardes. De forme rectangulaire, édifiée en torchis et couverte de toit en double pente faite de roseaux et chaume, ces maisons sont bâties à partir de cinq rangées de poteaux découpant l’espace en trois travées.

À partir de – 2 800 c’est le début de la maitrise de la métallurgie par l’homme, d’abord le cuivre, puis le bronze, et enfin le fer. Ces périodes voient le développement de villages de plus en plus gros et l’apparition d’enceintes défensives, coïncidant avec l’essor du commerce, de la spécialisation par rapport aux tâches et la naissance d’une organisation sociale. C’est à la fin de cette époque, autour de -500, que les premiers Celtes s’installent dans l’Aisne.

L’Aisne à l’Antiquité

Rocroi dans les Ardennes

Au début de l’histoire de l’Aisne, le département était constitué de vastes forêts habitées de tribus gauloises Belges dont les Suessiones et les Veromandui, qui donneront leurs noms au Soissonnais et Vermandois, voisins des Rèmes au sud. Les premiers prendront part à une confédération de Belges qui repousseront les Cimbres et les Teutons vers – 109, après que ces derniers aient traversé une partie de la Gaule, valant aux Gaulois belges la réputation d’être les plus vaillants de Gaulle.

Mais c’est en – 57 que les futures terres axonaises, comme toute la Gaule, verront leur premier bouleversement historique. Durant la guerre des Gaules, une coalition de près de 300 000 hommes issus de différentes tribus belges, se constitue sous les ordres du roi des Suessions pour combattre l’avancée de Rome. Elle envahit le pays des Règnes, allié des Romains et fait le siège de l’oppidum de Bibrax non loin d’où Jules César a établi son camp fortifié au bord de l’Axona, ancien nom de la rivière Aisne. Après quelques accrochages l’armée des Belges décide de se replier sur les terres pour les défendre d’incursion d’allier de César, mais subiront de lourdes pertes suite au harcèlement des légions romaines pendant leur retraite. Jules César mènera par la suite le siège de Noviodunum, du principal oppidum des Suessions, qui se soumettront à l’envahisseur, présage de la chute des autres tribus gauloises belges.

Lorsque s’achève ce conflit les peuples de l’actuel Aisne sont rattachés à la province romaine Gallia Belgica (Gaule belgique) et durent s’organiser en civitas (cité) autour d’une ville chef-lieu. Territoire très convoité de par sa position stratégique, les forteresses et voies romaines s’y développent avec par exemple la chaussée Brunehaut dont le tracé est encore visible aujourd’hui. C’est durant cette période, dite Gallo-romaine, que les villes commenceront à prospérer, entrainant une explosion démographique, comme Augusta Suessionum, anciennement Noviodunum et ancêtre de Soissons, et Augusta Viromanduorum, future Saint-Quentin. Bien que l’essentiel de la population continua de vivre dispersé dans les campagnes, le modèle romain fut peu à peu adopté avec ses pratiques culturelles et culinaire, l’adoption du latin et de l’écrit, et surtout son droit.

 

Une période de stabilité et de prospérité pour les territoires de la Gaule belgique s’ensuivra pendant plusieurs siècles, non sans connaitre par moment quelques crises comme les épidémie de pestes au IIe et IIIe siècle ou les incursions des peuples germaniques frontaliers. Le christianisme fera peu à peu son apparition au cours du IVe siècle.

Le déclin de l’Empire romain au cours du Ve siècle engendra, en 486, la défaite de Syagrius, son dernier représentant dans la région, face à Clovis, roi des Francs saliens, lors de la bataille de Soissons et la création du royaume des Francs.

L’Aisne pendant le Moyen-Âge

Suite à sa victoire en 486 à Soissons, qui lui permet de contrôler tout le nord de la Gaule, Clovis instaure le royaume des francs qui voit l’installation durable du peuple germanique, à la culture éloignée des Gallo-Romains, sur les terres de Picardie. C’est d’ailleurs lors de la répartition du butin après la bataille qu’aurai eu lieu l’épisode du vase de Soissons. Il choisira d’en faire un temps sa capitale, qu’il ne quittera pour Paris qu’en 508 après l’unification du reste de la Gaule.

Il faudra attendre sa mort en 511, et le découpage de la Gaule entre ses fils, pour voir la ville redevenir la capitale du royaume bientôt appelé Neustrie, sous Clotaire Ier. L’Aisne se trouvant à la frontière de ce territoire et son principal voisin, l’Austrasie, sera le théâtre de nombreux troubles en lien avec leur rivalité. Les 150 années qui suivront verront l’Aisne passé d’une domination à l’autre tout en étant le lieu de certains affrontements. Dans le Soissonnais en 593, à Doizy, l’armée de Childebert II, roi d’Austrazsie, subit une lourde défaite, ainsi que son fils Thiebert II à Latofao (Laffaux) en 596. Ou encore dans le Vermandois en 687 avec la bataille de Tertry et le rattachement de la Neustrie à l’Austrasie.

Il faudra attendre le règne de Pépin le Bref et sa descendance pour que l’Aisne revienne sur le devant de la scène du royaume de France. En 751, il se fait sacré roi à Soissons, à sa mort en 768, son fils Carloman lui succède avec la consécration des évêques de Soissons, mais meurt en 771 à Samoussy. Une réunion d’évêque à Corbeny la même année octroiera la couronne à son frère Charlemagne.

Au IXe siècle, la région de l’Aisne, pourtant éloignée de la mer, subi les pillages des Normands. C’est l’une des raisons qui motivera le 14 juin 877 la promulgation par le roi Charles II le Chauve du capitulaire de Quierzy, texte fondateur de la féodalité. En 882, ils dévastent l’abbaye de Saint-Vincent à Laon. En 883, Charles le Gros achète la paix pour protéger la vallée de la Meuse, ce qui n’empêchera pas le sac de Saint-Quentin et Château-Thierry sur leur passage. Pendant le siège de Paris de l’hiver 885-886, de nombreuses incursions ont lieu dans la vallée de l’Aisne, avec par exemple l’incendie de l’abbaye Saint-Médard à Soissons.

Dans les années qui suivirent, la ville de Laon sera au cœur des jeux de pouvoir entre les Carolagiens et les autres dynasties, et subira plusieurs sièges. D’abord à partir de 893, voulant rétablir Charles III le Simple face à Eudes Ier, roi des Francs Robétiens. Après la mort de ce dernier, en 898 à La Fère, Charles le Simple lui succédera, mais ne contrôlera que les comtés de Soissons et de Laon. En 920, une assemblée de seigneurs siège à Soissons pour le défaire, prenant les armes contre lui, capturent la ville de Laon et sacrant Robert comte de Paris en 922. Charles III, à la tête d’une armée de Normand et Lorrains, combattra le 15 juin 923 à Soissons Robert. Ce dernier est tué pendant la bataille, mais les pertes sont telles que Charles doit se replier en Lorraine. Le gendre de Robert, Raoul, duc de Bourgogne, sera sacré roi à l’abbaye Saint-Médard de Soissons.

À la mort de Raoul, en 936, Louis IV d’Outremer, fils de Charles le Simple, se fait sacré à Laon. C’est l’un des derniers courts règnes des carolingiens avant leur disparition. Ne contrôlant que les comtés de Laon et Soissons, il subira lui aussi une révolte de ses vassaux marchant sur la ville de Laon, dernier bastion du roi, qui tiendra jusqu’en novembre 942 et la signature d’une paix. Mourant en 954, il aura passé la fin de son règne à combattre des soulèvements de certains de ses vassaux. Lui succéderont son fils Lothaire, en 954, puis son petit-fils Louis V en 979, la lignée des carolingiens disparaissant définitivement en 987 et avec elle la présence de l’Aisne dans les jeux de pouvoir de la couronne des Francs. La dynastie suivante, les Capétiens, déplacera la capitale à Paris.

Lavoir "Le Cailleux" à Parfondeval

Avec la fin de la dynastie carolingienne, les villes de Laon et Soissons perdent leur position au cœur du pouvoir, mais la première conservera de l’influence à travers sa place de haut lieu d’évêché. Le territoire se verra disloqué avec le Soissonnais qui rejoindra le domaine royal, le sud de l’Aisne qui intègre le comté de Champagne et une grande partie rattachée au comté du Vermandois. Entre le XIe et le XIIIe siècle, les campagnes connaissent un essor, la population croît ainsi que la richesse de certains. La multiplication des monastères et des maisons aristocratiques organise l’habitat rural autour de châteaux et églises, mais aussi un grand défrichement a lieu pour augmenter les terres cultivées, aidé par une évolution des techniques agricoles. On retrouve de nos jours beaucoup de monuments de cette période comme la cathédrale gothique de Laon (1150-1235), le château de Coucy (XIIIe siécle) ou encore l’abbaye de Vauclair (1134).

En février 1414, Jean sans Peur ayant des visées sur Paris, envoi trois de ses chambellans occuper Soissons, alors une puissante forteresse. Un siège, dirigé par le roi Charles VI s’instaurer à partir du 11 mai jusqu’au 21 où l’artillerie royale ouvre une brèche dans la muraille et la ville est mise à sac.

L’Aisne et l’époque moderne

À la fin du XVe siècle, l’Aisne est coupé entre le nord qui fait partie de la Picardie rattachée à la maison de Bourgogne, le Soissonnais formant le domaine de Valois associé aux Capétiens et le reste du département à la Champagne lié au domaine royal. Les villages prennent plus d’importance dans les campagnes et voient l’apparition d’une nouvelle caste sociale, la bourgeoisie.

Monté sur le trône en 1515, le roi François Ier fait reconstruire un château, ravagé pendant la guerre de Cent Ans, à Villers-Cotterêts où il voyagera fréquemment avec sa cour pour chasser. C’est dans ces murs, en aout 1539, qu’il signera l’ordonnance de Villers-Cotterêts, qui entre autres impose la rédaction des actes officiels en « langue maternelle française », point de naissance de l’utilisation de la langue nationale à la place du latin. En 1544, Charles Quint, roi des Espagnes, et François Ier scellent à Crépy-en-Laonnois une trêve qui met fin à la neuvième guerre d’Italie. Une trêve qui ne durera pas avec une dixième puis une onzième guerre d’Italie, cette dernière se déroulera en grande partie dans le nord de la France avec le siège de Saint-Quentin par les troupes du roi Philippe II d’Espagne, en 1557, comme un des points d’orgue. Ce siège, et la bataille du 10 août pour tenter de le lever verront la défaite des Français et la ville tomber aux mains des Espagnols, qui la videront de sa population et y installeront une garnison. Elle sera rendue en 1559 à la France après la signature du traité du Cateau-Cambrésis.

Les guerres de religion qui suivirent marqueront aussi le département, la ville de Laon prenant le parti des ligueurs et recevant une garnison d’Espagnols. Henri IV viendra assiéger la ville, les ligueurs tenteront une sortie le 12 juin 1594 entrainant la bataille de Cerny et leur capitulation le 22 juillet. Le 2 mai 1598, le roi de France Henri IV et le roi d’Espagne Philippe II signeront un acte de paix à Vervins qui verra le retour d’une relative tranquillité sur le territoire axonais. Un énième conflit avec l’Espagne, débutant en 1635, verra la région, et plus particulièrement la Thiérache, dévastée par le va-et-vient des troupes et ce sera en 1659, avec la signature du traité des Pyrénées, que la menace espagnole s’arrêtera définitivement.

Lavoir "Le Cailleux" à Parfondeval

Bataille de Saint-Quentin

À partir du XVIIIe siècle et pendant le XIXe l’industrie s’implantera largement dans le département, avec par exemple les cendriers le long des différentes vallées, endroit où on a extrait la cendre noire.

Le XIXe siècle dans l’Aisne

C’est en 1790 que le département est créé en rassemblant des domaines issus de la Picardie, de l’Île-de-France et de la Champagne, et Laon en devient la préfecture en 1800. À partir de 1790, la population axonaise ressentira des difficultés dans la vie quotidienne dù à la période révolutionnaire. L’arrêté du 4 mai 1793 l’avait désigné, comme les autres provinces proches de Paris, pour contribuer au ravitaillement de la capitale, entrainant un problème d’approvisionnement en blé, des querelles quant au ramassage du bois… Cela faisant suite à la levée obligatoire de troupes dans les communes pour répondre au franchissement des frontières du nord et de l’est par les Prussiens, les Anglais et les Autrichiens, l’Aisne fournira 30 000 hommes sur les 440 000 habitants. Cela aggravant une disette déjà présente à l’hiver 1792-1793, suscitant de la réticence, voir de l’hostilité, à l’égard des exigences de Paris. À l’automne 1793, le département est en partie envahi par l’ennemie, le restant servira de base arrière pour l’armée du Nord, engendrant des réquisitions incessantes de tout type, les districts rapportant une détérioration de la situation locale. Paris mis en place dans les différentes provinces des détachements de l’armée révolutionnaire pour garantir que les autorités respectent leurs demandes, souvent responsable aussi de la déchristianisation. Les troubles révolutionnaires prendront fin en 1799 avec l’arrivée au pouvoir de Napoléon Bonaparte qui aura une importance pour l’Aisne.

Durant le Premier Empire (1804-1815), suite au blocus britannique de la France empêchant, entre autres, l’importation de sucre de canne, Napoléon Ier cherchera un substitut. C’est ainsi qu’un décret le 28 mars 1811 introduira la culture de la betterave, l’industrie et l’économie qui va avec, dont l’Aisne sera un territoire central avec 400 hectares agricoles et la construction de deux sucreries dés la même année. L’industrie continuera aussi son développement au XIXe siècle avec la première filature de coton ouvert à Roupy en 1803. Mais c’est une avancée sociale qui verra le jour dans l’Aisne avec l’édification de 1859 à 1884 du familistère de Guise par l’industriel Godin, pour offrir du confort et une vie quotidienne décente à ses ouvriers et leurs familles.

Une partie de la campagne de France de 1814, point final du règne de Napoléon et du Premier Empire, prendra place dans un endroit qui deviendra tristement célèbre un siècle plus tard, le chemin des dames. Le territoire envahi, et mis à sac, par les armées russes et prussiennes à la poursuite de l’Empereur, qui lèvera le peu de troupes qu’il lui reste pour tenter une reconquête. Son avant-garde ayant repris Berry-au-Bac le 4 mars, Napoléon remporte, au prix de lourdes pertes, une de ses dernières victoires, le 7 mars à Craonne, face à l’armée prussienne. Une victoire qui ne sera pas suffisante, car il subira une défaite aux portes de Laon les 9 et 10 mars, le forçant à quitter le département qui sera occupé durant plusieurs années par les troupes prussiennes et russes avant d’être rendu à la France.

Un demi-siècle plus tard, le 19 juillet 1870, l’Empire français déclare la guerre au royaume de Prusse qui verra à nouveau l’occupation du territoire. Après la débâcle à Sedan et la proclamation de République, les forces allemandes envahissent le nord de la France. Le 9 septembre Laon capitule, suivi de 16 octobre par Soissons après plusieurs jours de bombardements. Le 19 janvier 1871, la bataille de Saint-Quentin, entre l’Armée du Nord française et la 1re armée prussienne, sera la victoire des allemands et la fin de l’espoir de sauver la situation, entrainant la capitulation le 29 janvier de la même année. Le département restera occupé jusqu’en octobre 1871.

Les Prussiens à Saint-Quentin

Photographie des Prussiens à Saint-Quentin en 1871.

Dans le département, comme partout en France, un esprit de revanche et de reconquête, teinté de patriotisme, a été entretenu suite à la perte de l’Alsace et la Lorraine en 1871, et ce même dans les écoles publiques, ce qui présagera des évènements qui viendront déchirer l’Europe et l’Aisne moins d’un demi-siècle plus tard.

L’Aisne au coeur de la Grande Guerre

Le 28 juin 1914, l’attentat de Sarajevo entrainera un enchainement d’évènements et de jeux d’alliances qui allait plonger la France et l’Europe dans le premier conflit mondial de l’histoire, la Grande Guerre. L’Aisne, directement sur la route de Paris à partir de la frontière belge, sera au cœur de ses 4 années d’affrontements.

Le 27 aout 1914, après avoir gagné la bataille des frontières, les premières troupes allemandes pénètrent sur le territoire axonais et des combats ont lieu au nord. L’avancée allemande se fera rapide et les Français se replieront chaque jour un peu plus vers l’Est, Laon tombant le 2 septembre. À la veille de la première bataille de la Marne, presque la totalité du département est sous contrôle allemand, la Ier armée allemande se plaçant entre les fleuves de la Marne et de l’Oise, tenant les ponts à Château-Thierry à partir du 3 septembre. Suite à la bataille de l’Aisne, du 13 au 20 septembre, le front se stabilise, les Allemands se retranchent sur les hauteurs de la vallée de l’Aisne entre Soissons et Corbeny, entre autres le long du Chemin des dames, marquant le début de la guerre des tranchées.

La population de l’Aisne est en grande partie évacuée pendant et après la poussée allemande de 1914, notamment vers la Belgique, le département se retrouva coupé en deux par une gigantesque bande de terre ravagée et fortifiée, où ville et village furent bombardés durant les années qui suivirent. Pour les habitants demeurant dans les localités à l’arrière du front, une cohabitation avec les Allemands débute. Le 8 janvier 1915, l’armée française lance un assaut contre les positions allemandes à Crouy, proches de Soissons, qui se soldera par un sanglant échec. Le reste de l’année 1915 et celle de 1916 ne verront pas d’opérations sur le territoire axonais jusqu’au printemps 1917.

Tir de barrage à Craonne en 1917

Tranchées à Craonne, en dessous du Chemin des dames, 1917.

En 1917, après l’enlisement des situations sûr à Verdun et dans la Somme, l’armée française cherche un nouveau lieu pour mener une offensive de grande ampleur et se tourne alors vers l’Aisne. C’est le matin du 16 avril 1917 que la tristement célèbre offensive de Nivelle est lancé le long du chemin des dames. La France engagera de considérables moyens dans cet assaut, mais rien ne se passera comme prévu, comme rapporté par le député Jean Ybernégaray « La bataille a été livrée à 6 heures, à 7 heures, elle est perdue ». Elle sera suspendue le 20 avril au vu des pertes et du peu de résultats, pour être relancée le 4 mai et arrêtée de nouveau le 8 mai après que certaines troupes n’aient réussi qu’à mettre le pied sur le plateau. Le dernier épilogue de cette attaque sera la prise du fort de la Malmaison le 25 octobre par les Français. Cette bataille est un des plus grands échecs pour l’armée française, se soldant par de très lourdes pertes, plus de 134 00 homme, pour des gains minimes. Le coût humain élevé exacerbera une lassitude au sein des forces françaises déjà mis à mal par les conditions de vie, provoquant un mouvement de protestation et de mutinerie durant les premiers mois de l’été 1917 et leur lot de condamnation pour l’exemple. C’est à cette époque que se diffuse la chanson contestataire de Craonne.

L’Aisne sera aussi choisi par les Allemands pour l’installation d’une de leur arme secrète, le Pariser Kanonen, faussement appelés grosse Bertha par les Français. Les canons tireront leurs obus sur Paris, du 23 mars 1918 au 3 mai et du 27 mai au 11 juin du mont de Joie, près de Laon, puis les 16 et 17 juillet de Bruyères-sur-Fère, et enfin de Beaumont-en-Beine.

Le 27 mai 1918, les Allemands reprendront l’offensive dans l’Aisne pour reconquérir le chemin des dames, et profitant de l’effet de surprise, enfonceront les lignes françaises et réussiront à prendre presque toute la totalité du sud de l’Aisne en 3 jours. Ils seront stoppés aux portes de Villers-Cotterêts et Château-Thierry par l’intervention de la 3e division américaine, qui lancera le 6 juin la bataille du bois de Belleau pour regagner le secteur et remonter vers le Chemin des Dames. Ce sera une succession d’escarmouches qui permettra aux alliés de revenir aux lignes de front de début 1918 ; du 18 juillet au 2 aout la seconde bataille de la marne et du 17 au 29 aout la bataille de l’ailette.

Les alliés reprendront l’initiative dans les mois qui suivront pour repousser les Allemands vers la frontière belge. Le département verra sa reconquête progressive en une série de combats sur son territoire : de la bataille de Saint-Quentin, du 25 septembre au 14 octobre, à la seconde bataille de Guise, les 4 et 5 novembre, qui seront les derniers combats que l’Aisne connaitra avant la signature de l’Armistice, le 11 novembre 1918. Une reddition qui a débuté par des négociations dans le nord de l’Aisne, à Haudroy, avec la visite des Plénipotentière allemandes le 7 novembre 1918 à 20 heures 20.

Soissons, France, 1919 panorama

La ville de Soissons complètement détruite, photo de 1919.

L’entre-deux-guerres

Au sortir de la Grande Guerre, l’Aisne est l’un des départements les plus touchés, dévastés à 84 %, 139 villages sont complètement détruits et 461 le sont à plus de 50 %. Le déblaiement, la dépollution et la reconstruction du territoire constitua un enjeu sans précédent pour voir le retour des populations qui ont fui les combats et des anciens combattants, mais aussi rendre possible la culture des terres agricoles. En 1919 certains secteurs sont classés en zones rouges, secteurs jugés trop dangereux pour autoriser une reprise de l’activité humaine normale dù à la destruction et présence de nombreux cadavres et munitions non explosés. Ce sera principalement les secteurs du Chemin des Dames, au nord de Soissons et au sud de Saint-Quentin qui seront interdit, une grande partie du reste du département étant classé en zone de dommages importants.

En 1920 c’est plus de 6 000 baraquements et maisons provisoires qui sont en place dans l’Aisne pour loger les réfugiés et personnes travaillant sur le territoire. À partir de 1922, c’est une période intensive de reconstruction qui s’enclenche pour environ une décennie. Le rétablissement des villes et villages et l’édification des sites de mémoires seront l’occasion pour l’Aisne d’être un lieu d’expérimentation architecturale dans le style Art déco, comme à Saint-Quentin, Soissons ou encore l’église de Martigny-Courpierre. Ce sera aussi une période d’opportunité pour la modernisation du territoire, avec par exemple l’électrification rurale qui viendra jusqu’aux fermes isolées, l’extension du réseau ferroviaire et des gares, ou autant l’industrie, intégralement détruite, qui sera actualisée et rationalisée lors de sa reconstruction.

De premiers grands mouvements sociaux auront lieu sur le territoire axonais dans les années 30 comme la grève de 1936 dans les industries et exploitations agricoles suite à la victoire du Front Populaire.

Au début des années 30, la reconstruction est globalement achevée et une période de prospérité commence, mais c’est au sortir de cette décennie que le département renouera avec les affres de la guerre, l’exode et les destructions.

Saint-Quentin, en 1930

Saint-Quentin, en 1930, après les reconstructions en style Art déco.

L’Aisne pendant la Seconde Guerre Mondiale

Un peu plus de 20 ans après la fin du précédent conflit, le spectre de la guerre s’abat à nouveau sur la France. Le 10 mai 1940, les Allemands déclenchent la bataille de France en passant par la Belgique et les Ardennes, les gares de Laon et Tergnier sont bombardées. La 6e Panzer-Division pénétrant dans le département le 15 mai, s’entame alors une succession d’escarmouche dans la région de Laon dans le but de stopper, ou du moins ralentir, l’avancée des troupes allemandes.

Le 17 mai voit à Montcornet, une tentative de contre-attaque d’éléments de la 4e division cuirassée, commandée par le colonel Charles de Gaulle, qui se soldera par un repli et la perte de 23 chars pour aucunes coté allemand. Le lendemain une nouvelle attaque est tentée au niveau de Crecy-sur-Serre se soldant par le même résultat, les troupes françaises se fixent à la hauteur de la vallée de l’Ailette et du Chemin des Dames dans le but de fermer l’axe à Paris. Les Allemands attaqueront cette ligne de défense le 5 juin, opérant une percée dès le 6 et prenant Soissons le 8. Seuls quelques combats perdureront dans le sud de l’Aisne les 9 et 10 juin, mais verront le repli définitif des troupes françaises submergées.

B1 bis tank 260 Ouragan Guise 1940

Char français B1bis abandonné à Guise en 1940.

Après la capitulation de la France, l’Aisne sera à nouveau coupé en deux avec la partie nord rattaché à la zone réservée, un secteur voué à faire tampon avec l’Allemagne en la peuplant d’allemand et interdisant le retour des réfugiés parti massivement à partir du 11 mai. Cette règle sera peu à peu assoupie pendant l’année 1941 et définitivement supprimée le 1er mars 1943. Le 25 juin 1940, Adolf Hitler se rend sur les lieux où il a combattu durant la Grande Guerre, visitant notamment la ville de Laon. C’est entre cette ville et Soissons, à Margival, qu’il fera construire un vaste complexe de bunker devant servir de QG, où il ne viendra qu’une fois, le 17 juin 1944, pour apprécier la situation du front de Normandie. Le département verra aussi l’installation de plusieurs unités de la Lufwaffe, armée de l’air allemande, dont un commandement est implanté à Laon dès juin 1940.

Deux rafles visant la population juive de l’Aisne auront lieu, d’abord le 17 juillet 1942, par la police française sous l’organisation de la préfecture, puis début 1944 par la Gestapo.

La résistance constituera plusieurs maquis dans les forêts du département et s’organisera autour des grands secteurs ferroviaires comme Tergnier, Château-Thierry, Laon et Hirson. Elle fera entre autres sauter le pont du canal d’Abbécourt le 7 avril 1943. Le 30 août 1944, suite à un accrochage entre une dizaine de résistants et de jeunes soldats SS à Tavaux se soldant par la mort d’un officier allemand, le village est bouclé par les Allemands et les 86 maisons sont incendiées et 20 civils tués en représailles. Le 31 c’est à Plomion que 14 civils seront exécutés après la découverte d’impacts de balles sur un camion allemands. Puis 36 personnes seront tuées le 2 septembre à Etreux en représailles au mitraillage d’un camion allemand.

Malgré son éloignement du front à partir de 1941, le département connaitra son lot de destruction, durant les mois précédents le débarquement en Normandie avec le ciblage des grands nœuds ferroviaires. Comme le 2 mars 1944 avec le bombardement de certains secteurs de la ville de Saint-Quentin par l’aviation américaine, touchant essentiellement des habitations et faisant 91 victimes, ou encore Tergnier en février, avril et juin, et Laon les 10-11 avril et 22-23 avril.

Le département sera libéré au cours de l’année 1944 par les Américains et leur avancée vers la Belgique : Soissons le 28 aout, Laon le 30, Saint-Quentin et Hirson le 2 septembre. C’est la fin de 4 années d’occupation pour les populations axonaises.

L’époque contemporaine

Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale l’Aisne est appauvri et dépeuplé, le département ne retrouvera son niveau d’habitant de 1911 qu’à l’entrée des années 60, le conflit ayant débuté quand la province commençait seulement à se relever de la Grande Guerre. Suite aux bombardements pendant la guerre, certaines agglomérations doivent enclencher des travaux de reconstruction, une partie du patrimoine industriel et matériel agricole ayant été pillé par l’occupant, un plan est entamé pour relancer l’économie. L’industrie du textile retrouve sa place, ainsi que celle sucrière et agroalimentaire, bénéficiant d’une modernisation et croissance rapide. D’autres absentes avant les années 50 viendront se développer sur le territoire comme dans le domaine chimique, métallurgique et automobile.

À partir du milieu des années 70, le département subit les effets de la concurrence internationale engendrant une désindustrialisation rapide, à l’exception de l’agroalimentaire, et la perte de nombreux emplois entrainant précarité et déclin démographique de certains secteurs. Comme à Saint-Quentin, ville où l’industrie du textile était très présente.

L’implémentation de grande sablière au sortir de la guerre suscitera la mise en place d’un grand plan de repérage et sauvegarde archéologique à partir des années 60, en particulier dans la vallée de l’Aisne. Pendant plus de 40 ans, l’histoire de l’Aisne est redécouverte, notamment dans les années 70 et 80 avec la mise au jour d’un grand nombre des vestiges et traces de la préhistoire et antiquité. L’histoire aura aussi sa place à d’autres occasions, comme le 5 novembre 1998 à Craonne où le Premier ministre Lionel Jospin libérera la parole au sujet des fusillés pour l’exemple de la Grande Guerre. Fort de tout ce patrimoine, le département développe depuis plusieurs décennies les secteurs du tourisme.

En 2016, la Picardie, dont l’Aisne faisait partie avec l’Oise et la Somme, est fusionnée avec le Nord–Pas-de-Calais pour devenir la grande région des Hauts-de-France.

  • Petite anecdote historique qui m’a fait rire, si dans l’Aisne il est possible de trouver des ratons laveurs, animal uniquement sur le continent américain à l’origine, c’est parce qu’en 1944 des militaires américains ont relâché plusieurs de ces animaux leur servant de mascotte à la base aérienne de Couvron.

Fiche pratique

Note : Toutes les images présentent dans cet article, ainsi que celle de couverture, sont issues du projet Wikimedia Commons, le site média en lien avec la célèbre encyclopédie participative, et sont dans le domaine public/libre de droit.

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Je vous remercie de m’avoir suivi au fil des siècles à la découverte de l’histoire de l’Aisne.
Si vous pensez que j’ai oublié un événement qui devrait s’y trouver, n’hésitez pas à me le mettre en commentaire.

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2 Commentaires

  1. Graindorge

    Bonjour. Vous écrivez : “Le 2 mars 1944, bombardement de certains secteurs de la ville.” Mais laquelle ?
    Vous pouvez ajouter le bombardement aérien de Laon les 10-11 et 22-23 avril. Les gares sont visées avant le débarquement en Normandie, afin de freiner les mouvements de l’armée allemande après le dit débarquement.
    Par ailleurs, le texte est truffé de fautes d’orthographe. Saisissez-le dans word, ça aide.
    Cordialement,
    Pascal

    Réponse
    • Geoffrey

      Bonjour,
      Merci pour votre commentaire, en effet c’est une coquille c’est la ville de Saint-Quentin. Je vais remanier le paragraphe pour inclure plus de dates même si j’essaie de n’inclure qu’un ou deux détails pour ne pas faire des textes trop longs. L’article étant déjà très long.

      Cordialement,
      Interlude Photographique.

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